Aujourd’hui j’ai le plaisir d’accueillir Gaëlle Roudaut, dont vous connaissez peut-être l’univers visuel peuplé de patates, avec qui nous allons parler de « Garder la patate, un manuel détox pour un management fertile« , son second livre tout récemment paru chez Dunod, qui dresse un portrait haut en couleurs du monde de l’entreprise… avec des légumes.
C’est parti pour une nouvelle interview efferveSciente :
Se procurer le livre | Le site de Gaëlle | Son profil LinkedIn | Son instagram
Gaëlle vient du monde des RH et de la communication interne, elle est à son compte depuis bientôt 9 ans et accompagne les entreprises dans leurs transitions, avec le coaching, les pratiques narratives et le bilan de compétence, mais aussi et surtout en ce qui nous concerne aujourd’hui, avec la facilitation graphique.
L’occasion de faire se rencontrer sa patate et mon petit bonhomme trépané 🙂
Il était une fois… une patate
L’univers de Gaëlle est peuplé de pommes de terre, une patate née d’une formation en facilitation graphique où Gaëlle a dû dessiner des personnages en forme de patate, un univers qui l’a fait repérer par le Mag RH : et la patate était née et reconnue !
La patate @ work est ensuite arrivée sur Instagram pour croquer le monde de l’entreprise et tous ses tracas, puis en newsletters sur LinkedIn, avec de jolis retours mais aussi beaucoup d’écho avec le vécu de son audience… qui n’est pas très différente de l’audience d’EfferveScience 🙂
L’univers à découvrir de la Patate @ work, par Gaëlle Roudaut
Une patate qui a fait du chemin depuis, pour nous revenir en version livre avec Pat’ la patate, héroïne du nouvel opus de Gaëlle, « Garder la patate, un manuel détox pour un management fertile« .
C’est un ouvrage hybride qui est à la fois une bande dessinée, avec Pat’ qui est recrutée dans la boîte Légumix, riche en légumes divers et variés qui représentent la diversité et surtout les problématiques du monde de l’entreprise, avec à chaque fois une partie texte qui complète la BD avec des graines de réflexion et de solution pour collaborer autrement et plus sainement.
« Garder la patate, un manuel détox pour un management fertile » : LE livre (c) Gaëlle Roudaut
Plongée dans le bouillon du travail
Le côté obscur de la méritocratie
Dans le premier chapitre, notre héroïne arrive dans une entreprise qui cultive la méritocratie, dont Gaëlle écrit qu’elle qu’elle « encourage le surmenage et la figure du collaborateur « super-héros »« . Derrière il y a une sorte de promesse implicite, un contrat moral qui nous invite à travailler plus pour gagner plus. Un discours qui peut être renforcé par les postures managériales…
C’est un schéma qui se retrouve dès l’école, dans certains cursus d’études, dans certaines sphères professionnelles et plus largement dans notre société judéo-chrétienne.
Mais que se passe-t-il quand on sort de cet engrenage, qu’on n’a plus de place dans la spirale productiviste ?
Une promesse qui ne tient plus dans nos sociétés actuelles, qui créent de la frustration, de l’injustice et du quiproquos, parce que le discours implicite est toujours là.
On va alors s’investir démesurément sans forcément recevoir en retour…
Décoder la cuisine interne
Quand on rentre dans une entreprise on a un organigramme (normalement) : c’est la scène du théâtre.
Mais ce que se joue en entreprise ce sont plutôt les relations qui se jouent en coulisses, qui vont générer une perception d’absurdité ou d’injustice, parce qu’on n’a pas forcément toutes les ficelles qui sont en jeu.
Un outil puissant pour remettre en lumière les dynamiques internes ? Le sociogramme, qui va redessiner les liens entre les personnes de l’organigramme avec des + et des – en fonction de si les personnes sont plutôt alliées ou divergentes.
Ca va permettre de faire émerger un autre organigramme, avec d’autres circuits de relations qui vont permettent de naviguer avec plus de fluidité dans l’entreprise.
Un outil qui serait particulièrement pour mes ami.e.s autistes, pour comprendre les enjeux de l’entreprise.
Bas les masques : les rôles qu’on joue en entreprise (c) Gaëlle Roudaut
Gare à la kakistocracie
On parlait de la méritocratie, qui donne le pouvoir avec les personnes qui ont le plus d’implication…
De l’autre côté, il y a la kakistocratie, qui va littéralement donner le pouvoir « au pire », ou aux personnes médiocres.
Ca nous est tous arrivé de croiser des personnes où on se demande pourquoi une certaine personne est à son poste, où elle n’a pas forcément l’air au mieux de sa compétence, souvent à l’insu de son plein gré.
C’est lié à une série de facteurs, comme le syndrome de Peter, où la personne va grimper en responsabilité jusqu’à atteindre son seuil de compétence (ce que je tentais d’expliquer à ma dernière manager qui m’avait refilé quatre postes dont un n’était plus du tout de mon domaine de compétences et surtout d’intérêt…).
Le deuxième ingrédient en jeu c’est l’effet Dunning-Kruger où les personnes les plus compétentes sur un sujet sont celles qui ont le plus de doutes sur leur connaissances, ce qui peut les laisser paraître moins assurées qu’une personne avec un moindre niveau de connaissances mais plus de certitudes.
Ces deux effets combinés peuvent aider à maintenir des personnes un peu plus médiocres à certaines places, comme notre ami Pov’ le poivron qui joue beaucoup sur son côté imposant mais creux, compensé par sa faciliter à copiner.
Attention cependant à la combinaison nocive de la kakistocratie et du management toxique, où la personne qui n’est pas à la bonne place va plus ou moins consciemment faire le nécessaire pour ne pas être démasquée. Une situation loin d’être confortable, pour quiconque d’ailleurs… une invitation à prendre de la distance pour moins subir les choses.
Cultiver la sécurité mode d’emploi
Le chapitre 4 est très polyvagal : Gaëlle y explique que « notre premier besoin, en tant qu’êtres humains, est de nous sentir en sécurité. »
La devise de Stephen Porges, reprise par une patate
Le sujet de la sécurité psychologique est essentiel pour développer le pouvoir d’agir de nos collaborateurs, ou faire appel au principe de subsidiarité, sans avoir cette sécurité psychologique.
Il faut créer un espace sécuritaire du droit à l’erreur, sans risque pour sa place dans le groupe ou pour son estime.
Il faut pouvoir parler entre adultes des boulettes que l’on peut faire… alors qu’on a en fait plus tendance à mettre les problèmes sous le tapis faute de cet espace secure.
C’est LA condition pour laisser l’espace pour l’erreur mais aussi l’innovation en valorisant les compétences de chacun.e…
Gare au(x) craquage(s)
Sans vous divulgacher l’histoire de Pat’, le fait est qu’elle ne va pas vivre que des aventures positives… et c’est le moment où Gaëlle nous parle de quiet cracking et de brown-out.
Le quiet cracking c’est un glissement lent de l’engagement vers une forme d’usure : son rapport au travail change, par des toutes petites choses (moins de sourires, moins d’énergie, une fatigue qui s’installe, une forme de cynisme…)
Certes la personne est encore là mais il n’y a plus la flamme, et l’envie de quitter l’entreprise peut prendre forme.
Quand la tête est ailleurs : le quiet cracking (c) Gaëlle Roudaut
Arrive ensuite le brown-out (et pas le burn-out, Gaëlle a été plus originale) : c’est le fait qu’on confie à quelqu’un un boulot qui est vide de sens, ce qu’on appelle parfois les « bullshit jobs » dont la personne ne retire plus de reconnaissance, jusqu’à s’épuiser intérieurement.
Ca montre le côté très identitaire du travail, et quand on n’a plus cette reconnaissance du sens de son travail ça finit par consommer son estime de soi et ses compétences, d’autant plus que le travail occupe une grand place dans nos vies, pouvant conduire jusqu’à la dépression.
Quand Gaëlle sketchnotait le burn-out et la pleine confiance, lors de la campagne de mon premier livre (c) Gaëlle Roudaut
Du côté lumineux de la Force : le care management
Le care management est un sujet de santé publique, c’est le management du « prendre soin » : c’est l’idée de prendre soin de ses collaborateurs, sans pour autant verser dans la bienveillance à tout prix (qui peut tomber dans la complaisance), mais simplement prendre soin :
- Des conditions de travail et de la sécurité psychologique, de la charge de travail adaptée ou non, du terrain de je(u) du flow
- De la qualité d’écoute qu’on peut avoir en tant que manager, et de la capacité à reconnaître les signaux de quiet cracking et de burn-, brown- ou bore-out
Ceci n’est pas du care management. (c) Gaëlle Roudaut
C’est aussi prendre conscience que tout le monde à des besoins différents dans son équipe, en fonction de nos réalités personnelles, d’éventuelles neuroatypies…
C’est enfin être vigilant aux signaux de surengagement des adaptes de la SuperFection et de la SuperFormance, comme je les appelle, pour pouvoir dire stop à temps. Et ça vaut aussi pour soi… 😉
Savoir quand partir ailleurs…
A la fin du livre Gaëlle parle du « moment précis où rester coûte plus cher que partir« , ce moment que les burn-outé.e.s n’ont justement pas su repérer à temps.
Il est vrai qu’on peut toujours croire que les choses vont s’améliorer, qu’on va y arriver, que les autres comptent sur nous… et pour plein d’autres bonne raisons on peut vouloir tenir à tout prix, mais il est en fait super important de savoir quand écouter nos signaux et savoir quand partir.
Une prise de conscience qui n’est pas favorisée par la société, qui valorise la SuperFormance au-delà du raisonnable, alors que notre corps nous parle et nous souffle quand partir : mal de dos, mal de tête, petites ou grandes somatisations, ou bien alertes de l’entourage qui nous voit aller dans le mur… ce n’est jamais là pour rien.
Un autre item qui doit nous alerter : la dissonance cognitive, une accumulation de choses qui sont délétères pour l’estime de Pat’, son besoin de reconnaissance, sa charge émotionnelle et cognitive, et ses valeurs… mais on ne va pas tout vous dire, il faut lire le livre !
Les risques psychosociaux au travail : savoir quand partir (c) Gaëlle Roudaut
Mission autodétermination
Un autre moment très polyvagal dans le livre : la théorie de l’autodétermination, qui dit que nous avons besoin d’autonomie, de compétence et de lien social. Que des choses très vagales ventrales…
C’est une ancienne théorie, que Gaëlle a ressorti dans le cadre du livre (qui est très très sourcé, en plus d’être très beau).
Une théorie de l’autodétermination qui ne fonctionne pas qu’au travail, au contraire : ça marche partout, on a besoin de savoir pourquoi on fait les choses, et de lien.
C’est un terreau certes, mais comme tout terreau il ne fait pas tout, on pourrait y ajouter le besoin de sens dans son travail (même si tout le monde ne construit pas des cathédrales… et c’est ok aussi de tailler des pierres). Un sens qu’on peut trouver là encore ailleurs qu’au travail… #TeamIkigai
La quête de sens au travail (c) Gaëlle Roudaut
Et rien ne dit non plus qu’on doive trouver son sens dans un seul job…
De l’art de créer son propre terrain de je(u)
Le job crafting c’est l’idée de bricoler les contours de son job pour qu’il corresponde à ses envies, ses compétences et ses besoins.
On peut job crafter en modifiant les activités qu’on mène ou bien les conditions de son travail.
L’idée n’est pas forcément de révolutionner son job, mais d’ajouter éventuellement (sans surcharge ni stress) des petites touches de missions qui font sens.
Un job crafting que Gaëlle a su créer avec ses activités multiples, et moi aussi avec EfferveScience 🙂
Et pour les personnes qui ont fait un ou plusieurs burn-out : on peut avoir plusieurs jobs, notamment des activités alimentaires qui ne demandent pas beaucoup de neurones juste pour tester son énergie et l’évolution de son rapport au travail, avant éventuellement de reprendre plus proche de son champ de compétence initial, ou d’envisager une reconversion.
Créer son job : le slashing ou job crafting (c) Gaëlle Roudaut
Du côté de la stress-défense…
Gaëlle se nourrit de lectures et de podcasts, qu’elle sketchnote, mais aussi de marche et de course dans la nature, l’occasion d’admirer les couchers de soleil et la faune locale…
A noter aussi les voyages, les puzzles, les RDV avec des proches mais aussi, arme ultime, avec ses chats 🐱🐱
Des activités ressourçantes qu’elle partage avec sa patate :
Quand la patate se recharge : stress-défense appliquées (c) Gaëlle Roudaut
Gagne ta patate & passe du côté patriarchat de la Force
Merci et bravo à toi d’être arrivé.e jusqu’à la fin de notre interview, j’espère que les jolies patates de Gaëlle t’auront plu et auront enrichi ta lecture.
Tu gagnes le droit de tenter de gagner le livre de Gaëlle, dédicacé et avec ses goodies de soirée de lancement, en combo avec mon livre « Patriarchat mode d’emploi« :
A gagner : LE livre de Gaëlle en combo avec Patriarchat mode d’emploi
Pour jouer il va falloir prendre ton plus joli crayon et nous dessiner TA patate @ work !
Que fait-elle ? Dans quel état est-elle ? A quoi ressemble son ressourcement ?
Tu as quartier libre !
RDV sur Facebook ou LinkedIn, dans les commentaires du post concours, pour participer.
Tirage au sort le 11 novembre à midi 🙂
Et une bonne lecture bien sûr !

