C’est un article qui est resté dans mes cartons pendant des mois, peut-être même des années : celui sur les états mixtes et de survie de la Théorie PolyVagale, que voici enfin !
Pourquoi autant d’attente ? Parce que j’ai potassé des ressources pendant des années pour pouvoir l’écrire, et encore plus pour pouvoir l’illustrer et que ce soit « buvable ».
Mais ça y est j’y suis, et ça commence avec une nouvelle vidéo :

Et bien sûr qui dit nouvelle vidéo dit article qui va avec, et celui-ci va être riche en nouvelles illustrations.
Normal : parler des états mixtes, c’est un peu passer de Vice-Versa 1 à Vice-Versa 2 mais avec les états de la TPVil va y avoir des nouveaux venus 🙂

 

Des émotions aux états, et Vice-Versa

Qui dit parallèle avec Vice-Versa dit bref passage par les émotions, parce qu’on a l’idée de complexifier le panel des acteurs en présence, et parce qu‘il y a un lien très direct entre les états « simples » de la Théorie PolyVagale (les trois que je te présente depuis 8 ans) et les émotions

La Théorie PolyVagale est très liée aux émotionsLe lien entre les états de la TPV et les émotions primaires

Je ne vais pas refaire un article sur les liens entre états et émotions, je l’ai déjà fait ici, mais prends conscience que chaque émotion passe un message qui nous invite à nous mettre en mouvement pour répondre à un besoin.

Et chaque émotion a ses nuances :

Les nuances des émotionsLes nuances des émotions de base

Mais qui dit Vice-Versa 2 dit qu’il y a en fait beaucoup plus d’émotions en réalité, comme on peut le voir avec la roue de Plutchik :

La roue des émotions de PlutchikLa roue des émotions de Plutchik

Et comme on le voit avec les croisements des pétales, les émotions peuvent se combiner, et là on gagne en complexité :

Le mélange des émotions par Sophrologie Formations, pour Vice-Versa 1 et Vice-Versa 2

C’est pareil avec les états de la Théorie PolyVagale : eux aussi peuvent se combiner, on y viendra, mais avant dernier visuel pour positionner les états par rapport aux émotions :

Parts et états mode d'emploi : de la Théorie PolyVagale à l'Internal Family SystemParts et états mode d’emploi : de la Théorie PolyVagale à l’Internal Family System

Les états sont comme le socle des émotions, l’étage en-dessous, les fondations de la maison. 
Ils sont le premier niveau de perception, ou plutôt de neuroception (perception inconsciente) du danger ou de la sécurité, avant les émotions qui seront ressenties et étiquetées plus consciemment.

Mais ce n’est pas tout : dans notre maison il y a aussi les parts de l’Internal Family System, avec les parts blessées souvenirs de vécus traumatiques qui se cachent à la cave, dans les états subis de survie, et les parts protectrices manager ou pompier qui vont tout faire pour éviter de revivre ces fameux vécus traumatiques et expériences adverses. Ca en fait du monde !

Et pourquoi je cite les parts ? Parce que les nouvelles émotions de Vice-Versa 2 sont beaucoup proches selon moi des parts de l’Internal Family System que des émotions, avec un côté protecteur qui va être dissociatif avec Ennui, ou manager avec Anxiété qui va anticiper les différents dangers… et ça, ce sont des états mixtes et de survie.

 

Les états mixtes et de survie

Passons maintenant au niveau des états de la Théorie PolyVagale. 
Depuis 2018 je t’explique que la TPV est un Je(u), pour les deux premiers états mixtes que sont le « je » et le « jeu » :

La Théorie PolyVagale est un je(u)La Théorie PolyVagale est un je(u)

Nous avons donc d’un côté le mélange de vagal ventral et de vagal dorsal, du « dorsal sécuritaire », le « je », qui correspond à l’état de repos et à l’intimité, et de l’autre côté le mélange de vagal ventral et de sympathique, le « jeu » qui nous permet de passer à l’action toujours dans la sécurité.

Il nous en manque un dans les états hybrides « officiels », ceux du schéma proposé par le Polyvagal Institute et traduit par Quantum Way, le figement de défense :

Les états mixtes de la Théorie PolyVagale, d'après la traduction officielle de Quantum WayLes états mixtes de la Théorie PolyVagale, d’après la traduction officielle de Quantum Way

Les états de défense, et plus spécifiquement le « figement de défense », est un mélange de vagal dorsal et de sympathique en perception de danger : on est dans une immobilisation tendue, la vigilance est active mais le corps figé, c’est un état de figement actif très particulier et très inconfortable.

Mais ce n’est pas tout !

Pour avoir creusé les états mixtes et de survie avec le Certificat officiel TPV du PolyVagal Institute et de Quantum Way et avec la littérature, il y a en fait plus d’états mixtes, et notamment plus d’états de survie :

Variations polyvagales : les états mixtes et de survie, version triforceVariations polyvagales : les états mixtes et de survie, version triforce

Nous reviendrons sur les différents états mixtes et de survie au fil de l’article, de la même façon que nous les explorons dans la vidéo, mais voici d’abord le tableau récapitulatif le plus abouti sur les états mixtes, issu du livre « Notre monde polyvagal » de Stephen et Seth Porges (que j’ai vulgarisé dans cet article) : 

Le tableau des états simples et mixtes de Notre monde polyvagalLe tableau des états simples et mixtes de Notre monde polyvagal

On voit bien sur ce tableau les différentes combinaisons d’états pour chacun des états simples et mixtes.
Nous avons donc trois circuits que sont le vagal dorsal, le vagal ventral et le sympathique mais plusieurs états, qu’ils soient simples ou mixtes, et leurs comportements associés :

  • Le vagal ventral seul est l’état de la communication sociale et de l’engagement social
  • Le mélange de vagal ventral et de sympathique est l’état de jeu ou de danse, c’est l’engagement social du vagal ventral et la mobilisation du sympathique
  • Le sympathique seul est l’état de combat ou de fuite, c’est la mobilisation
  • Le mélange de vagal dorsal et de vagal ventral est l’intimité mais aussi le repos et le calme, c’est l’engagement social du ventral et l’immobilisation du vagal dorsal
  • La pacification est un état de défense très particulier qui combine les trois états, dont le vagal ventral : nous avons de l’engagement social dans une détection de menace
  • Le fawning ou people pleasing est un mélange de vagal dorsal et de sympathique où la personne va tout faire pour faire plaisir aux autres pour être accepté, une complaisance sans corégulation
    (dans le livre il est écrit « docilité » au lieu de complaisance, mais je trouve le terme docilité trop passif pout ce qu’il y a de sympathique dans le fawning)
  • Le vagal dorsal seul est un état d’immobilisation qui correspond soit à la fermeture (au figement non actif, le « freeze ») ou à la dissociation

Une autre représentation plus visuelle, inspirée de l’échelle de Deb Dana :

La Théorie PolyVagale d'après Deb Dana, quand c'était encore simpleLa Théorie PolyVagale d’après Deb Dana, quand c’était encore simple…

Variations polyvagales : l'échelle des états mixtes et de survieVariations polyvagales : l’échelle des états mixtes et de survie

On retrouve ici l’échelle des différents états, avec tous les états possibles, qu’ils soient simples ou hybrides, de sécurité ou de survie, et c’est plutôt clean, mais il manque encore le détail des combinaisons des états.
C’est alors que j’ai eu l’idée de représenter les trois circuits de base comme étant trois lignes de « métro », que nous allons pouvoir emprunter et combiner pour détailler encore plus les états mixtes et de survie :

Variations polyvagales : les états hybrides, une synthèseVariations polyvagales : les états hybrides, une synthèse

C’est ma synthèse la plus complète et la plus aboutie, j’espère qu’elle te plaira et qu’elle te parlera 🙂 

On voit bien ici les états de sécurité que sont le vagal ventral et ses combinaisons dites « secure » avec le sympathique pour le passage à l’action et le mode jeu, et le vagal dorsal pour le mode repos.

Quand on descend dans le danger on peut conserver une dose de vagal ventral et de corégulation dans le super état d’engagement social qu’est la pacification (ou appeasement en anglais), un état d’apaisement en situation de menace qui remet en question la notion de « syndrome de Stockholm » : on ne tomberait pas réellement amoureux de son agresseur, mais on arriverait à créer une illusion de collaboration intime en corégulant son agresseur avec un réel engagement social en dépit de la menace, parce que c’est la meilleure façon de se sauver quand on peut activer ce super-état de défense. 

Et entre le sympathique simple et l’immobilisation simple on trouve les autres états de défense, que sont la complaisance (ou soumission, ou docilité même si je n’aime pas ce mot, trop passif), qui correspond au fawning ou people pleasing : on va répondre aux besoins de l’autre personne, lui faire plaisir pour être accepté et pas rejeté, aux dépends de ses propres besoins – c’est un état qui peut être épuisant sur la durée.

Vient ensuite l’état de défense figée, selon la même combinaison de vagal dorsal et de sympathique où on va avoir ce figement actif et tendu, lui aussi potentiellement épuisant s’il s’installe sur la durée. 

Enfin arrive la dissociation, qui est du dorsal pur où on va se couper du corps et se couper mentalement de la situation pour ne pas en vivre l’horreur, ne pas ressentir, ne pas réaliser ce qui se passe. C’est un état de préservation très abouti, qui peut être très utile pour se préserver, comme tous les états de survie, mais qui n’est pas souhaitable sur la durée, parce qu’on n’est juste plus là…

Voilà pour le noyau dur de la théorie des états mixtes et de survie. 

Ajoutons du fun !

 

Les nouvelles fiches polyvagales

Reprenons nos nouveaux états mixtes et de survie, mais avec des petits bonhommes : 

Variations polyvagales : avec des petits bonhommesVariations polyvagales : avec des petits bonhommes

Ils sont pas tout mignons mes petits personnages ?!

Ils vont nous permettre de refaire de nouvelles fiches perso des différents états de la Théorie PolyVagale, plus complètes puisque j’y intégrerai les états mixtes et de survie : 

Variations polyvagales : les états simplesVariations polyvagales : les états simples ou primaires

On retrouve ici nos trois états de base, avec un focus sur la neuroception (perception inconsciente) correspondante et de quoi illustrer les différentes combinaisons d’états de nos états mixtes, qui arrivent juste après :

Variations polyvagales : les états hybridesVariations polyvagales : les états hybrides

J’ai mis ici le troisième état hybride de figement de défense qui est déjà un état de défense, états de défense qui comprennent aussi nos trois derniers amis :

Variations polyvagales : les états de défenseVariations polyvagales : les états de défense

J’ai donc mis à jour par rapport à la vidéo le niveau de danger pour les deux derniers états que sont la complaisance (ou soumission, ou fawning, ou people pleasing) et la pacification : ce sont des neuroceptions de danger et pas de danger mortel, même si la pacification peut être activée dans des états de menace de mort quand on a vraiment un super état de vagal ventral, mais ça reste en haut de l’échelle de part la part de vagal ventral dans cet état. 

Je t’ai épargné la carte du flow parce qu’elle ne rentrait pas dans mes trilogies, mais tu peux retrouver tout un article sur les liens entre flow et théorie polyvagale juste ici 😉 

Bien sûr là encore, mais on ne le répètera jamais assez : tous les états sont ok et là pour nous préserver. 
Mais nous n’avons pas forcément envie de rester enfermer dans des états de survie, parce qu’ils nous coupent de la relation aux autres et peuvent même nous couper de nous quand ils sont trop présents.
Et surtout ils ne sont bien souvent plus adaptés à la situation de danger réel : on reste activés alors qu’il n’y a plus réellement de danger, on parle de système nerveux dysrégulé et de non-concordance de la neuroception.

Mais comment en sortir ?

C’est la dernière question de l’article…

 

Sortir des états de survie

C’est bien beau d’avoir pris tout ce temps pour identifier et présenter les états hybrides et de survie, mais que faire quand on se découvre enfermé dans un état de survie ?

Déjà il faut en prendre conscience, et ça passe par l’intéroception et le discernement :

Mon état est-il adapté à la situation ?Mon état est-il adapté à la situation ?

Il y a trois niveaux de prise de conscience de nos états, du moins conscient au plus conscient :

  1. D’abord la neuroception, qui est la détection inconsciente du niveau de danger ou de sécurité, qui se passe sans nous (c’est le système nerveux AUTONOME, rappelons-le)
  2. Puis l’intéroception, qui est l’observation consciente de nos états, où on va regarder activement ce qui se joue en nous pour étiqueter les états en cours
  3. Enfin le discernement, qui est un niveau de métacognition consciente où on va se demander activement si notre état est adapté à la situation ou non

Le problème, c’est que nous sommes nombreux à rester enfermés dans des états de défense et de survie, qui sont la conséquence de nos vécus passés (pense Anxiété avec ses bagages) : c’est notre état qui écrit l’histoire… et vice-versa, notre histoire passée, nos grands et petits traumas vont conditionner nos états au présent, et réduire notre fenêtre de tolérance :

Le concept de fenêtre de tolérance de Dan SiegelLe concept de fenêtre de tolérance de Dan Siegel

On le voit sur ce schéma : en cas de vécu traumatique passé et d’expériences adverses, ou quand on est en permanence dans des états subis de défense, notre fenêtre de tolérance, cet espace de gestion fluide des situations perçues comme stressantes, est particulièrement réduite. 
On est en permanence dans une hyperactivation, pour les états de défense avec du sympathique comme l’état de figement de défense actif ou le fawning ou people pleasing, ou bien dans l’hypoactivation pour les états plus dorsaux comme la dissociation.

L’objectif sera alors double : étendre sa fenêtre de tolérance, et gagner en flexibilité.

Fenêtre de tolérance : l'objectif est doubleFenêtre de tolérance : l’objectif est double

L’idée est de passer moins de temps enfermés dans des états subis d’hyperactivation ou d’hypoactivation, en étendant sa fenêtre de tolérance pour aller moins vite dans les extrêmes, et de gagner en flexibilité pour naviguer avec plus de fluidité entre les différents états, grâce à des pratiques polyvagales de régulation du système nerveux comme on peut en voir dans AWARE, ou dans POWER si on veut creuser aussi la théorie.

L’objectif à terme étant de laisser Anxiété se reposer déjà, pour qu’elle arrête de se faire des films et de s’inquiéter, c’est à dire de prendre soin de nos parts protectrices en les accueillant comme on l’a fait avec nos émotions dans Vice-Versa 1, et de (re)construire une estime de soi à la hauteur de nos nouveaux challenges, et ça ça passe par un triple chantier qui englobe l’amour de soi, l’image de soi et la confiance en soi… vaste programme, qu’on peut explorer ensemble dans POWER ou en coaching 🙂 

Et quand se présente le « monstre » d’un trauma passé, on n’hésite pas à se faire accompagner, mais là ce ne sera plus avec moi (je ne suis pas thérapeute), mais avec des pratiques comme l’Intelligence Relationnelle du Dr Le Doze, que j’avais interviewé ici, qui fait les liens entre Théorie PolyVagale, Internal Family System et métacognition, et liste ses thérapeutes sur cette page.

Ce qui n’empêche pas de creuser en parallèle la régulation du système nerveux avec AWARE, pour « façonner en douceur et étirer sans stresser » le système nerveux autonome et son nerf vague par des pratiques douces, bienveillantes, approuvées, et musicamenteuses (ma petite touche personnelle) 🙂 

AWARE, le plein d'outils polyvagaux pour réguler son système nerveux autonomeAWARE, le plein d’outils polyvagaux pour réguler son système nerveux autonome